Le mulet à la mouche

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Pêche du mulet à la mouche

mulet à la mouche bonefish de l'île de RéArticle écrit par Laurent Gonzalez

C'est à notre collègue Daniel Holtzman que je dois cette idée de pêche du mulet à la mouche dans le Sud-ouest. Je me souviens de ses mots : " si tu penses savoir comment faire, fais le et écris le, mais ce n'est pas si simple que ça en a l'air… " . 

Cet été 99 je ne savais pas comment faire, mais j'ai un gros défaut, je suis têtu. Et quand une idée germe dans mon esprit, il faut qu'elle mûrisse. Je me suis donc documenté. Je m'essayais aussi depuis quelques temps à la pêche à la mouche, en eau douce, aidé en cela par un de mes amis. Tous les ingrédients de la réussite me semblait pouvoir être réunis relativement facilement. Je suis pêcheur en mer depuis de très nombreuses années et, au fil des ans, j'ai vu le nombres et la qualité des prises se faire de plus en plus en rares. 

Le surfcasting est et restera toujours pour moi la discipline reine de la pêche en mer, mais force est de constater qu'elle est devenue ingrate. Le moment est certainement venu d'expérimenter de nouvelles techniques, j'ai choisi la pêche à la mouche en mer, sur nos côtes girondines et landaises, dans les baïnes et les vagues. Une pêche où tout ou presque reste à inventer. Du matériel à la méthode, des leurres aux lieux de pêche. 

Au moins deux poissons communs sur nos côtes peuvent se prêter à cette technique. Le bar et le mulet. Ils sont chasseurs et fouisseurs et sont présents toute l'année. Bien entendu d'autres espèces migratrices peuvent s'ajouter aux proies potentielles ; maquereaux, orphies, lançons, aloses feintes… il y a de quoi faire.

 Nous commencerons par le mulet. Chez nous, on le trouve partout, des eaux stagnantes et plus ou moins polluées des ports, jusqu'aux esteyes ces petits ruisseaux qui convergent vers le Bassin d'Arcachon, en passant par les lacs, les étangs et autres poches d'eau saumâtre. Car c'est bien là l'intérêt de ce poisson, il est prolifique. Son combat est musclé, sa défense puissante, sa pêche doit être fine et discrète, sa traque patiente. Un beau poisson de sport en vérité et à la portée de tous. 

Je vais tenter de vous faire partager tout ce que j'ai pu aujourd'hui découvrir et comprendre dans l'art et la manière de le prendre. Soyez indulgents amis pêcheurs, il s'agit d'une discipline pionnière (en Aquitaine en tout cas), je vous l'ai dit tout reste à faire et à écrire..

Le poisson

On trouve sur nos côtes à proximités du Bassin d'Arcachon essentiellement deux des très nombreuses espèces de mulet. Le mulet cabot (Mugil cephalus - Cuvier) et le mulet lippu (Mugil chelo ou labrosus - Cuvier ou Risso). 

Le premier a le corps épais, d'une longueur approximative d'un demi mètre, il est couvert de larges écailles. Sa tête est grosse et allongée, le museau court, surbaissé. La bouche est petite, la lèvre supérieure est protractile. La couleur générale du dos est d'un gris plus ou moins foncé en fonction de l'habitat. Le ventre est argenté. La seconde espèce, le mulet blanc d'Arcachon, possède les mêmes caractéristiques globales, à la différence d'un museau court et obtus, à la lèvre inférieure un peu renflée. Les flancs peuvent être ornés de 6 à 7 bandes brunes tendant vers le jaunâtre. On trouve toujours le mulet à proximité des côtes car ils ne s'aventurent que très rarement en haute mer et jamais dans les grandes profondeurs. Au contraire, on le rencontre fréquemment à la surface de l'eau, sauf lorsque la température est élevée où ils préfèrent se tenir sur la vase molle et fraîche. Ils vivent en bancs nombreux dans toutes les anses, criques ou anciennes salines. Là ils trouvent dans le fond sablo vaseux les matières organiques qui sont la base de son alimentation. Vase qui confère au mulet ce goût désagréable qui a ruiné sa réputation de poisson fin et goûteux. C'est dommage car sur fond de sable ce goût est absent, de plus la chair du mulet, blanche et grasse était autrefois recherchée pour sa richesse nutritive. 

Matériel

Qui dit poisson d'eau salée dit sel. Qui dit sel dit corrosion. Avec le mulet qui vit en eau saumâtre on peut à la rigueur négliger quelque peu le matériel, mais jamais plus de deux ou trois sorties. Nous verrons plus tard avec la pêche du bar à la mouche, qu'il convient d'être excessivement soigneux du matériel si l'on veut éviter de se retrouver avec un tas de rouille en guise de moulinet, une ficelle cassante qui était jadis une soie et des anneaux serpentiformes à la délicate teinte brunâtre d'oxyde de fer. 

En effet, pas ou peu de matériel mouche adapté aux conditions maritimes existe sur le marché à un prix abordable. Les moulinets traités anti-corrosion sont rares et chers car souvent importés d'Outre Atlantique. Seule solution donc, utiliser du matériel non traité et se résigner à la corvée de nettoyage. 

Mon matériel pour le mulet se compose d'une canne solide et puissante Mitchell Sedge 10 pied - initialement une canne réservoir - dont j'ai " protégé " les anneaux et les parties métalliques non mobiles avec un vernis époxy. (type carrosserie automobile), c'est toujours ça de gagné sur le nettoyage. Cette canne est donnée pour des soies de 6 à 8, ce qui est amplement suffisant pour ce qui nous occupe. J'utilise une soie Cortland 444 SL WF 8 flottante distribuée par Ragot, avec un bas de ligne de 2m50 réparti comme suit : 1 m de 28/°°, 80 cm de 22/°° et 70 cm de 18 à 16/°° pouvant descendre au 14/°° si les poissons sont méfiants. 

Pour le moulinet j'ai définitivement lassé tombé les automatiques à l'horlogerie suisse beaucoup trop fragiles et incompatible avec sel et sable. Après quelques essais de différents modèles et marques, mon choix s'est porté sur un bon vieux Mitchell 7150 manuel. Rien de fantastique donc, ni d'onéreux. Ce moulinet à des avantages indéniables. Il n'est qu'en deux parties composites (donc anti-corrosion), le bâti et la bobine. Dans le bâti il n'y a qu'un engrenage et il est en laiton. La bobine est du même matériau, son changement ne prends qu quelques secondes. Certes le frein de ce moulinet est léger et peu précis, c'est vrai aussi qu'il n'est pas ou peu démultiplié, c'est encore vrai que certain le trouveront un peu juste en contenance. Je répondrai que c'est un compromis avec le matériel car à moins d'y mettre un prix excessif, il n'y a pas le choix en magasin. Le problème du frein peut être compenser par l'espace dont dispose le pêcheur sur nos plages, il y a de quoi courir et laisser le poisson s'épuiser…quant à la contenance, je case aisément 30 m de soie et 50 de backing, ce qui me semble suffisant pour ce type de pêche. Je lance toutefois un appel aux fabricants, Messieurs mettez vous à vos planches à dessin pour nous créer un moulinet mouche aux pré-requis maritimes, à savoir : robuste, anti-corrosion, de grande contenance, si possible avec frein de combat facilement manœuvrable, éventuellement automatique, le tout à un bon rapport qualité/prix… pour la couleur nous vous laissons le choix.

La technique

Mes premières tentatives fructueuses ont été réalisées sur le bassin d'Arcachon entre Andernos et le cap ferret. Là, de nombreux esteyes forment avant de se jeter dans le Bassin, des retenues, des bras morts, de petits lacs alimentés parfois uniquement aux grands coefficients de marées. Autant de postes potentiels à mulet. 
En cette mi-septembre la météo est clémente, les eaux sont encore chaudes et le poisson cherche à se nourrir en prévision des mois d'hiver. Le mulet à beau être un fouisseur, il ne dédaigne pas gober une mouche lorsqu'il en a l'occasion. Rien de surprenant, d'ailleurs la carpe ne fait elle pas de même… ? Dans le Golfe de Gascogne autrefois nos anciens le pêchaient avec des lignes amorcées de mouches. Rien de nouveau sous le soleil Aquitain. Après maintes tentatives il s'est avéré que le leurre qui semblait le mieux appropriés était de couleur blanche. Cul de canard, petit palmers blancs ou tricolores clairs sur hameçon N° 14 à 18 en fonction de la taille des poissons recherchés. Quelquefois il m'est arrivé d'attirer leur attention avec un petit cul de canard blanc précédé d'une petite cendrée, quand la sèche ne donnait aucun résultat. Il faut avancer à pas feutrés. Lorsque le banc est repéré il convient de marquer un temps d'immobilité afin que les poissons s'accoutument à votre silhouette. Vous les verrez souvent fuir, ne quittez pas pour autant votre poste (erreur que j'ai fait bien souvent). Attendez. Après quelques minutes tout ce beau monde reviendra. Profites en en pour observer leur cheminement dans le plan d'eau. Si celui ci est petit vous vous rendrez compte que leur route est invariablement la même. Ils vont à un endroit, fuit vers un autre, reparte ailleurs puis s'en revienne. Et ainsi pendant des heures. Ca aide énormément à prévoir le placement de la mouche. Il vaut d'ailleurs mieux anticiper leur passage et déposer délicatement la mouche avant qu'ils n'y soient. Ces poissons sont si peureux que le claquement de la soie lors d'un lancer raté suffit à les faire fuir définitivement. 

Mais si votre palmer ou votre CdC (Cul de Canard) à la chance d'attirer l'attention d'un mulet, vous le verrez " jouer " un peu, donnant des coups de museau et de dorsale. Comme l'écrivait Jules Renard " la pêche est le seul moment de distraction du poisson ", cela semble désespéramment vrai avec le mulet. Il y a des jours où la " distraction " ne va pas plus loin que ces coups de tête. Mais il arrive heureusement qu'après s'être " amusé ", le mulet se place juste sous la mouche, il semble la regarder quelques secondes pour finalement d'un mouvement de lèvre l'aspirer en tordant légèrement son corps. Il faut ferrer d'un coup sec et immédiatement avant que le poisson ne se rende compte de la supercherie et recrache tout. Je pars du principe que nos cannes à mouche ne sont pas faites pour ferrer, j'exerce donc une traction sur la soie au moment opportun du ferrage, levant légèrement le scion, ce qui suffit généralement à assurer la prise. Cette technique est valable pour tout les type de pêche à la mouche et pas seulement en mer. 

Le mulet est musclé, ses rushes puissants et ses sauts surprenants. Un poisson d'un kilo vous épuise rapidement les bras surtout sans moulinet automatique et avec peu de frein…Messieurs les fabricants etc.… J'en ai manqué beaucoup à cause d'un paramètre que je n'avais pas géré. Le mulet sait évoluer dans très peu d'eau, lorsqu'il se rapproche du bord souvent en pente très douce, son ventre rond frotte le fond. La tension s'accroît sur la ligne, l'eau ne supportant plus le poids du poisson qui se débat fortement, et c'est la casse. N'hésitez pas à vous mettre à l'eau si vous comptez faire une photo avec un beau spécimen. Epuisetez, décrochez et aidez le à repartir, votre plaisir n'en sera que plus grand. 

J'ai tenté en quelques lignes de vous faire part de tout ce que j'ai récemment appris. L'énorme avantage d'une nouvelle pêche comme celle-ci, c'est que l'on peut tout se permettre, tout essayer, sans inhibition, sans préjugé. Et si le papé qui pêche au bouchon sur la rive opposée vous regarde, que dis je, vous ausculte d'un œil incrédule tendance sceptique, faites comme moi. Dites lui que vous êtes " expérimentateur " d'une nouvelle technique. Sans doute, comme à moi, il vous répondra : " Encorrrre un trrruc pourrr amuser les estivants… " - Alors il remettra un asticot sur son hameçon, se plaindra que depuis 10 ans il n'attrape plus grand chose, jettera son mégot maïs dans l'eau et reprendra, à l'ombre des pins, sa sieste halieutique. S'il est une chose que l'on apprends assez vite avec cette nouvelle technique de pêche, c'est que les mulet ne sont pas toujours où l'on croit les trouver…

Crédit photo

La photo m'a été envoyée par mon ami Pierre, dit le rétais, mais que notre guide cubain avait surnommé Fisherman ! Il s'entraîne sur le "bonefish du pauvre" dans son île pour être prêt pour le bonefish mexicain !

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